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WIIS France recrute !

Notre association a de nombreux projets pour 2023 : journée d’étude sur la politique étrangère féministe, approfondissement des partenariats avec des médias, poursuite des formats #SpeedExpertise et #LesErudites, lancement d’un cycle d’ateliers de développement professionnel… Et pour cela, WIIS France a besoin de vous !

Au fur et à mesure des parcours professionnels et personnels de chacune des membres, il est nécessaire de renouveler le Conseil d’administration ainsi que l’équipe de bénévoles. Être membre active de WIIS France, c’est pouvoir porter ses propres projets dans une organisation horizontale tout en bénéficiant du soutien du CA, avoir accès à un large réseau, et bien sûr se retrouver régulièrement dans la bonne humeur et la sororité. Des réunions mensuelles réunissant toutes les bénévoles sont prévues, et des points plus réguliers si nécessaire.

Pour candidater, c’est simple : écrivez-nous à contact@wiisfrance.org avec un court mail de motivation, un CV, et en précisant le poste qui vous intéresse. Si vous souhaitez vous investir d’une autre façon, vous pouvez également nous contacter.

Postes à pourvoir :

Stagiaire « chargée de projets événementiels ». En vue de la journée d’étude du 6 avril et d’une augmentation de l’activité de WIIS France, l’association propose un stage rémunéré (700€/mois) de trois mois, entre février et mai 2023. En relation avec le Conseil d’administration, la stagiaire aura pour mission l’organisation logistique de la journée d’étude : lien avec les intervenantes, réservation des billets de train, suivi des dépenses, etc. Elle pourra également appuyer la communication autour de l’événement et la rédaction des comptes-rendus post-colloque. D’excellentes capacités organisationnelles, une grande autonomie (stage en télétravail), beaucoup de rigueur et une appétence pour les sujets traités par WIIS France sont des prérequis. Une convention de stage avec un établissement supérieur (de préférence en L3 ou en master) est obligatoire.

Déléguée générale. Véritable cheville ouvrière de l’association, la déléguée générale veille au bon déroulement des projets en cours en effectuant des points réguliers avec toutes les bénévoles. Elle a également un rôle de référente « ressources humaines » au sein de l’association en gérant le recrutement des bénévoles et le suivi des mandats de chacune. Elle peut être amenée à avoir un rôle important de représentation. Le mandat est de deux ans, renouvelable ; la déléguée générale siège au Conseil d’administration.

Chargée de publications. En lien étroit avec la chargée de rayonnement, la chargée de publications a pour mission le repérage de jeunes chercheuses et professionnelles travaillant sur des sujets d’intérêt pour WIIS France afin en de mettre en valeur leurs travaux, mais également le développement d’une activité de publications interne à WIIS France : proposition de sujets, identification d’auteures, suivi de la relation avec les auteures, édition des papiers. D’excellentes capacités rédactionnelles sont attendues ainsi qu’une bonne connaissance de l’écosystème de la recherche en France et à l’étranger. Le mandat est d’un an, renouvelable, sans siéger au Conseil d’administration.

Chargée de fundraising. En lien avec le Conseil d’administration et plus particulièrement la trésorière de l’association, la chargée de fundraising a pour mission l’identification d’appels à projets (au niveau des viles, des régions, de l’Union européenne, d’organisations internationales…) sur lesquels WIIS France pourrait se positionner afin d’obtenir des fonds. Une grande rigueur et une connaissance des mécanismes de levées de fonds sont attendues pour le poste. Une mission annexe de relations avec les adhérentes pourra être ajoutée en fonction de la charge de travail. Le mandat est d’un an, renouvelable, sans siéger au Conseil d’administration.

Enfin, tous les mandats des membres du Conseil d’administration arrivent à leur fin et leurs tenancières actuelles se proposent au renouvellement. Il reste évidement possible de candidater : le choix sera soumis à un vote en Assemblée générale extraordinaire. Les postes sont : secrétaire générale, trésorière, chargée de partenariats académiques et chargée de rayonnement.

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Assemblée générale annuelle de WIIS France – 26 janvier

L’Assemblée générale annuelle est un moment fort de la vie d’une association : cet événement permet de présenter le bilan de l’année passée et d’évoquer les projets à venir. C’est aussi l’occasion pour les membres, adhérentes et sympathisantes d’une association de se retrouver, et pourquoi pas d’exprimer un souhait d’investissement dans ses activités.

WIIS France a donc le plaisir de vous annoncer que son Assemblée générale annuelle aura lieu le jeudi 26 janvier, de 18H30 à 19H30. Vous pouvez y participer en présentiel, dans les locaux de l’université Paris II Panthéon Assas, ou en virtuel, sur la plateforme Teams. Un verre de bonne année sera proposée aux personnes étant venues en présentiel !

Pour vous inscrire, merci de cliquer sur ce lien : https://forms.gle/mUu7rdxC6XcrMkw57

Attention, seules les adhérentes à jour de cotisation pourront voter à l’Assemblée générale. Alors si vous souhaitez faire une bonne action en ce début d’année et soutenir votre association préférée, c’est par ici pour adhérer : https://www.helloasso.com/associations/women-in-international-security-wiis-france

Nous avons hâte de vous retrouver pour commencer ensemble la nouvelle année !

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#SpeedExpertise – Quelle place pour la vengeance dans les discours djihadistes ?

Dans le cadre de notre série de rencontres #SpeedExpertise, qui vise à mettre en valeur l’expertise de doctorantes, post-doctorantes et jeunes praticiennes, nous aurons le plaisir d’accueillir Marie Robin, spécialiste des questions stratégiques appliquées au djihadisme, le mardi 20 décembre de 8h30 à 9h30.

Marie Robin est docteure en science politique de l’Université Paris Panthéon-Assas et de l’Université du Sud-Danemark. Elle est actuellement post-doctorante au Centre Thucydide de l’Université Paris Panthéon-Assas, où elle coordonne les activités du pôle « études stratégiques ». Marie est également co-éditrice de la plateforme francophone d’analyse des questions internationales Le Rubicon. Ses recherches doctorales ont analysé les valeurs stratégiques des discours de vengeance proposés par Al Qaïda, l’État islamique et Boko Haram entre 2001 et 2020, en anglais, français et arabe. Elle a récemment publié dans l’Annuaire français de relations internationales et dans le Handbook of Terrorism Prevention and Preparedness coordonné par le Professeur Alex P. Schmid.

Elle nous parlera de ses sujets de prédilection et de recherche : les usages stratégiques des discours de vengeance des groupes terroristes ainsi que le statut des propagandistes en situation de conflit. Elle nous donnera aussi son retour d’expérience en tant que chercheuse, notamment sur la manière de mener une thèse et de l’accorder avec son projet professionnel.

Venez échanger avec elle le mardi 20 décembre 2022 à 8h30 (arrivée possible à partir de 8h00) dans un café du 9e arrondissement de Paris ! Le lieu précis sera envoyée aux personnes inscrites. L’inscription est obligatoire à ce lien avant le 17 décembre.

Replay | #LesErudites avec Sonia Le Gouriellec

Le 3 octobre 2022, nous avons eu le plaisir de recevoir Sonia Le Gouriellec, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Lille et auteure de plusieurs ouvrages sur l’Afrique, notamment Pourquoi l’Afrique est entrée dans l’histoire (sans nous). Au cours d’échanges très riches et passionnés avec les participantes, les discussions ont notamment porté sur la place des chercheurs et chercheuses occidentales dans les études africaines, le rôle des universités pour la promotion des chercheurs et chercheuses africaines, ou encore les blocages politiques qui demeurent en France sur certains points d’épistémologie.

Si vous avez raté cette intervention, le replay est désormais disponible ci-dessous !

Lancement du #SHEcurity Index 2022

Depuis plusieurs années, WIIS France est partenaire de l’initiative #SHEcurity qui, entre autres missions, évalue la place des femmes dans les institutions européennes, militaires et régaliennes et publie ces résultats dans le #SHEcurity Index.

En 2022, les chiffres restent loin des objectifs de parité prévus dans la résolution 1325 de l’ONU et de l’agenda Femmes, paix et sécurité promulgué par cette résolution. Ainsi, au travers des 106 jeux de données analysés par #SHEcurity, on constate que la représentation des femmes demeure minime dans la police ou les forces armées. De même, bien que les différentes administrations régaliennes se féminisent, les femmes demeurent à des postes subalternes et n’accèdent pas aux rôles plus senior ou aux postes de direction. Enfin, la qualité des données collectées n’est toujours pas satisfaisante, faute d’un effort des pays pour améliorer le suivi de leurs ressources humaines.

Si cette initiative vous intéresse, vous pouvez télécharger le rapport annuel à ce lien, ainsi que les jeux de données (en PDF et en XLSX).

#SpeedExpertise – Quelle application de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité dans l’Union européenne ?

L’équipe de WIIS France poursuit son cycle de publications avec ce compte-rendu du #SpeedExpertise du 17 mars où nous avions reçu Amy Herr, doctorante à l’université de Bradford, et qui étudie dans sa thèse l’application de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité dans les pays de l’Union européenne.

Amy Herr s’intéresse aux Plans d’action nationaux (PAN) dans les pays de l’UE en se focalisant sur le processus de mise en œuvre plutôt que sur le contenu même de ces plans d’action. Elle porte donc son analyse sur les acteurs qui entrent en jeu, les coopérations que cette implémentation engendre et les obstacles à leur mise en œuvre. Cette recherche a pour objectif de combler un manque : celui d’une absence de données concrètes sur la mise en œuvre des PAN au niveau européen.

Collecte des données

Amy Herr a fait sa collecte de données empiriques en 2020, dans un contexte de pandémie de la Covid-19. Ses 112 entretiens ont donc été menés en visioconférence, sauf pour le Danemark. Des acteurs de divers horizons ont été interrogés : ministères de Affaires étrangères, ministères de la Défense, société civile, universitaires, expert.e.s de l’agenda Femmes, Paix, Sécurité, etc.

En 2020, au moment de la collecte des données, 20 pays de l’Union européenne sur les 27 membres avaient déjà mis en œuvre un PAN. Cinq pays en ont adopté un en 2020 ou 2021 et ne sont donc pas intégrés aux travaux d’Amy Herr. Deux pays n’ont toujours pas de PAN : la Grèce et l’Allemagne. Elle a conduit entre trois et 13 entretiens par pays disposant d’un PAN, sauf pour le Luxembourg où elle n’a pas pu trouver de contact national.

Analyse des données

A partir de ces données empiriques, Amy Herr a partagé quelques généralisations, en rappelant que chaque pays a aussi ses propres spécificités et particularités.

Six points peuvent être relevés parmi les succès et tendances positives concernant les NAP dans l’Union européenne :

  1. Nombre croissant de PAN mis en œuvre, de première génération ou suivante (comme en France qui en est à son troisième PAN) ;
  2. Intérêt politique et conscientisation croissants pour l’agenda Femmes, Paix, Sécurité en général ;
  3. Augmentation des engagements financiers et fonds disponibles pour la mise en œuvre des PAN ;
  4. Développement d’un réseau d’expert.e.s et de décideur.se.s autour de l’agenda ;
  5. Inclusion de la société civile et des ministères parallèles aux PAN pour faciliter leur mise en place ;
  6. Rédaction de plus en plus précise et chiffrée à l’aide d’indicateurs.

Malgré ces progrès notables, des points de blocage persistent. Au niveau international et pas seulement européen, l’agenda Femmes, Paix, Sécurité se heurte à des réticences politiques. Dans la pratique, cela se traduit par des décisions limitées et non prioritaires. Alors qu’on aurait pu attendre beaucoup de 2020 qui célèbre les 20 ans de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, aucune initiative réellement structurelle et ambitieuse n’a été mise en place. Dans ce contexte international, les pays européens ne font pas exception. Amy Herr a identifié six obstacles majeurs dans la mise en œuvre des PAN au sein de l’Union européenne :

  1. Un manque d’un leadership fort et assumé ;
  2. Un manque de ressources et fonds financiers ;
  3. Une coordination limitée au niveau national (interministérielle notamment) et européen ;

Des indicateurs de réussite flous, mal conçus ou inexistants ;

  1. Un fort taux de rotation des acteurs en charge de l’application des PAN ;
  2. Une absence de mécanismes d’évaluation et de contrôle.

Les plans d’action nationaux en France

Dans le cas français, Amy Herr a pu s’entretenir avec trois acteurs qui ne relevaient d’aucun ministère (deux chercheur.e.s et un.e représentant.e d’ONG). Trois PAN ont déjà été mis en place en France : le 1er de 2010 à 2013 ; le 2ème de 2015 à 2018 ; le 3ème depuis 2021 et jusqu’en 2025. D’une manière générale, il y a un manque de coordination et de structuration de la mise en place des PAN en France. Par exemple, personne au ministère des Affaires étrangères n’a la charge de l’agenda Femmes, Paix, Sécurité ; idem au ministère des Armées. Ce n’est ni considéré comme un outil diplomatique, ni comme un moyen de coopération militaire. D’ailleurs, peu d’acteurs institutionnels connaissent l’existence des PAN et de l’agenda. Par conséquent, la société civile est elle-même peu engagée sur cette question.

Pourtant, au niveau international, la France est présente et fait preuve de leadership lors des sommets mondiaux et rencontres thématiques à l’ONU. Amy Herr a mentionné ici un paradoxe : la France semble plus impliquée au niveau international que national pour l’agenda Femmes, Paix, Sécurité.

Dès lors, que faire ? Selon les retours obtenus par Amy Herr à l’issue des entretiens menés dans le cadre de ses recherches, la mise en œuvre effective d’un PAN ambitieux en France reposerait sur : une augmentation des budgets et fonds financiers alloués à cette résolution, une meilleure sensibilisation quant-aux enjeux d’une plus juste représentation des femmes aux processus des paix, et une plus grande créativité dans la mise en œuvre des PANs français.

En conclusion de sa thèse, Amy Herr se questionne sur la façon dont les PAN pourraient avoir un impact plus conséquent en Europe. Elle propose trois recommandations générales :

  1. Favoriser la coordination entre les ministères, mais aussi avec la société civile ;
  2. Augmenter les budgets alloués ;
  3. Développer l’intérêt politique autour de cet enjeu.

Pour en savoir plus sur les travaux de recherche d’Amy Herr, vous pouvez la contacter à amyirja@gmail.com

WIIS Global publie également des travaux sur la question sur https://wiisglobal.org/

#Vidéo – C’est quoi, une politique étrangère féministe ?

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, WIIS France a eu l’honneur de s’entretenir avec avec Arancha González Laya, dean de la Paris School of International Affairs et ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères. Forte de son expérience dans de nombreuses organisations espagnoles et internationales, Mme González Laya revient sur l’implémentation d’une politique étrangère féministe en Espagne et affirme que de telles mesures peuvent aussi être mises en place en France à condition qu’il y ait une volonté politique de le faire.

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Cinq questions à… Nina Wilén, directrice du programme Afrique au Egmont Institute

Pour ce nouvel épisode de « Cinq questions à… », WIIS France a le plaisir d’échanger avec Nina Wilén, chercheuse spécialiste de l’Afrique. Elle revient sur son parcours et encourage les femmes à se sentir aussi légitimes que les hommes dans leurs sujets de recherche.

Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours académique et professionnel ?

J’ai voulu faire de la recherche en relations internationales depuis l’école secondaire (lycée). Après un Bachelor en Science Politique à l’Université de Lund et Queen’s University à Belfast, j’ai fait un Master en Sciences Politiques à l’Université de Lund, avec une spécialisation en paix et conflit. J’ai obtenu une bourse de doctorat, après quelques années en tant que stagiaire dans différentes organisations internationales aux États-Unis et en Belgique, à l’Université Libre de Bruxelles, où j’ai écrit une thèse sur les justifications liées aux interventions militaires.

J’ai ensuite effectué des recherches postdoctorales dans différentes institutions, notamment à l’École Royale Militaire à Bruxelles, où je me suis spécialisée sur l’institution militaire, en particulier le militaire belge. J’ai également travaillé à l’Université d’Anvers, à l’Université de Stellenbosch en Afrique de Sud, et à l’Université Libre de Bruxelles avant de commencer à l’Institut d’Egmont comme directrice du programme Afrique, en gardant un pied dans le milieu académique en tant que professeur associée à l’Université de Lund et Rédactrice en Chef pour la revue académique International Peacekeeping.

Quels sont les principaux obstacles auxquels vous avez été confrontée dans le monde de la recherche ?

Le monde académique est très compétitif et le travail de chercheur n’est, par définition, jamais terminé. Je pense que le principal sujet est de trouver un équilibre entre le travail et le temps libre pour ne pas ‘exploser’. Si, en plus de nombreuses demandes (explicites ou implicites) pour publier, produire, être visible, rechercher des financements, tu es passionnée par ton travail et peux travailler continuellement, il faut être très attentif à se mettre des limites, parce que personne ne va le faire pour toi. Aussi, avoir des attentes réalistes pour soi-même est important, autant que de collaborer avec des personnes brillantes et bienveillantes. J’ai de la chance d’avoir plusieurs collègues qui sont devenues des amies, avec lesquelles nous fonctionnons comme un réseau de soutien et d’appui, permettant de contrebalancer la dureté et la compétition du monde académique et des think-tank.

Pensez-vous avoir subi des discriminations en raison de votre genre, de votre âge… ?

Je pense que toutes les femmes ont subi des commentaires déplacés, voire sexistes à un moment donné dans leur vie, surtout si elles travaillent dans un environnement de travail majoritairement masculin. Ceci dit, même si j’ai travaillé plus de 10 ans avec des militaires, je n’ai subi que très peu – voire pratiquement aucun – comportement déplacé de la part de ces acteurs.

En revanche, la dé-légitimation de l’expérience et de l’expertise des femmes chercheurs/professeurs par rapport à leurs homologues masculins est encore présente dans le monde du travail. Un exemple très concret : dans les invitations à intervenir à des conférences ou des séminaires, on s’adresse aux femmes en tant que Miss ou « Mademoiselle », alors qu’elles ont des titres universitaires de Professeur, et leurs collègues masculins reçoivent les même invitations avec la mention ‘Professeur x ou y’. Ces comportements enlèvent l’identité professionnelle de la femme, et créent une inégalité vis-à-vis de leurs collègues masculins.

Selon vous, quel devrait être le rôle des femmes dans les interventions armées ?

Je ne pense pas que les femmes devraient avoir un rôle spécifique, mais je trouve que l’institution militaire en général devrait être compétente, efficace et adaptée aux menaces d’aujourd’hui. Pour se faire, il faut créer des institutions davantage multidimensionnelles, incluant de la diversité, notamment sur les identités des soldats et officiers. Si on veut inclure des personnes sous-représentées dans une institution, il faut adapter l’institution et les normes en vigueur, sans imposer de fardeau supplémentaire sur des personnes qui se battent déjà contre des stéréotypes et des préjugés.

Avez-vous des conseils à donner à une jeune femme qui souhaiterait se lancer dans le même parcours que vous ?

Faites ce qui vous passionne, la vie est trop courte pour travailler sur des sujets que l’on n’aime pas! Le chemin jusqu’à votre ‘travail de rêve’ ne doit pas toujours être rectiligne. On peut faire des détours et ainsi gagner en expérience, faire des rencontres inattendues sur le chemin, c’est tout à fait permis, et même assez chouette.

Vous pouvez retrouver le dernier article de Nina pour WIIS France, « Après la guerre, le contrecoup pour les femmes », ici !

Décryptage #1 – Après la guerre, le contrecoup pour les femmes

L’équipe de WIIS France est heureuse de reprendre le cycle de publications avec un article de Nina Wilén, directrice du programme Afrique pour les relations internationales à l’Institut Egmont et professeure associée au Département de science politique à l’université de Lund en Suède. Dans ce format court appelé Décryptage, une chercheuse pose les bases d’une thématique liée au genre et aux relations internationales. Aujourd’hui, Nina Wilén s’intéresse aux conséquences de la guerre sur les femmes.

Beaucoup se souviennent du célèbre discours de Laura Bush en 2001, à la suite des attentats du 11 septembre et de la guerre qui a suivi en Afghanistan, sur le fait que la lutte contre le terrorisme était aussi une lutte pour les droits et la dignité des femmes (Bush 2001). Ce discours a été critiqué, pour de nombreuses raisons : pour avoir instrumentalisé les droits et les libertés des femmes dans le but de soutenir une guerre, qui n’a manifestement pas été menée sur ces questions ; pour avoir incarné le syndrome du « sauveur blanc » prétendant sauver « les femmes brunes des hommes bruns » (Spivak 1988), et pour avoir dépeint les femmes afghanes – et donc majoritairement musulmanes – comme passives et ayant besoin d’être sauvées (Abu-Lughod 2002). Cette critique était importante et a réussi à mettre en évidence de fausses déclarations, dangereuses, des incohérences et une certaine hypocrisie. Surtout, lorsque près de 20 ans plus tard, les pays occidentaux se sont retirés d’Afghanistan, permettant aux talibans de réimposer des règles oppressives aux femmes et d’anéantir les progrès réalisés pour les droits et les libertés des femmes au cours des deux dernières décennies.

Car malgré l’hypocrisie autour des raisons d’une entrée en guerre contre l’Afghanistan, cette période a connu des améliorations significatives pour les droits et les opportunités des femmes. Le nombre de filles inscrites à l’école primaire en Afghanistan est passé de moins de 10 % en 2003 à 33 % en 2017, tandis que leur inscription à l’école secondaire est passée de 6 % à 39 % au cours de la même période (Kimathi 2021). Les chiffres ont radicalement changé depuis que les talibans ont pris le pouvoir en 2021, les filles étant désormais systématiquement exclues de la 7e à la 12e année dans 27 des 34 provinces afghanes (ONU Femmes 2021).

Dans le domaine de l’emploi des femmes, les tendances précédemment citées se sont rapidement inversées, en partie à cause de nouvelles restrictions imposées par les talibans sur les conditions d’emploi des femmes, ainsi que d’une exigence d’accompagnement masculine obligatoire pour les femmes, réduisant ainsi considérablement la mobilité des femmes – en partie du fait du manque de clarté et de l’autocensure des familles. L’interdiction d’apparition de femmes dans les séries télévisées combinée à une disparition presque totale des femmes journalistes ont également normalisé l’absence des femmes du paysage médiatique, ce qui normalise davantage l’invisibilité des femmes dans la vie publique (ONU Femmes 2021). Cette absence est également perceptible dans la vie politique, où la participation politique des femmes est passée de 28 % de femmes parlementaires à 0 % depuis le 15 août 2021 (ONU Femmes 2021). Les avancées en matière de libertés et d’opportunités pour les femmes réalisées pendant la guerre sont donc désormais confrontées à un contrecoup important après la prise du pouvoir par les talibans.

Pourtant, il n’y a pas seulement en Afghanistan où la période d’après-guerre a acté un retour de bâton contre les droits et les libertés des femmes. Des recherches ont montré que les femmes courent un risque accru d’être victimes de trafficking et de violence domestique, d’être contraintes à la prostitution, d’organiser l’esclavage de femmes et de commettre crimes d’honneur et suicides (Handrahan, 2004, p. 434). Dans de nombreux environnements, il y a également un pic de violence sexuelle et sexiste une fois le conflit armé stabilisé (True 2012). Une telle évolution illustre le concept des académiques féministes : le continuum de la violence, qui fait référence au fait que les femmes subissent souvent des formes de violence basées sur leur genre dans leur vie quotidienne, à la fois avant, pendant et après un conflit. Pourtant, la violence subie par les femmes dans la sphère privée est perçue comme « ordinaire » et, en tant que telle, tolérée, alors que dans le contexte d’un conflit, la violence est comprise comme « extraordinaire » (Swaine 2010). Dans de nombreux cas, seules les violences qualifiées comme « extraordinaires » appellent une réponse, un deuil de la société (Roy 2008).

Malgré toutes les atrocités que la guerre et les conflits armés infligent à la population, ils peuvent aussi parfois créer indirectement des opportunités pour les femmes d’assumer des rôles qui ne leur sont traditionnellement pas accessibles et qui leur permettent d’élever leur statut socio-économique. Les femmes peuvent temporairement gagner en liberté, en responsabilité et en valeur (Handrahan 2004, p. 435), à mesure que les conflits créent de nouvelles opportunités politiques, sociales et économiques (Björkdahl 2012, p. 287). En l’absence d’hommes (qui se battent), les femmes deviennent les principaux soutiens de famille et chefs de famille – des attributions qui sont pourtant rarement maintenues dans une société post-conflit. Au contraire, les périodes post-conflit ont souvent engendré de violentes réactions contre les femmes, entremêlées d’idées nationalistes et conservatrices qui dépendent du contrôle du corps et de l’honneur des femmes, entraînant le confinement de ces dernières à la sphère domestique (Afshar 2003, p. 185 ; Berry 2017 ; Björkdahl 2012, p. 289).

Cette réaction post-conflit est le plus souvent motivée par des acteurs nationaux conservateurs, faisant pression pour appliquer des normes et des coutumes qui voient les femmes retourner à leurs positions subalternes. C’est particulièrement le cas dans les sociétés fortement patriarcales où le statut et les rôles des femmes sont liés à des conceptions essentialistes de la femme en tant que mère, épouse et soignante. La COVID-19 a encore renforcé ces perceptions des femmes en tant que principales dispensatrices de soins. Dans de tels contextes, il est possible qu’il y ait un affrontement entre les coutumes traditionnelles et conservatrices et les normes internationales sur les droits humains, y compris les droits des femmes (Naraghi-Anderlini 2008, p. 106). Pourtant, les acteurs internationaux peuvent également participer au rétablissement et/ou au renforcement du retour aux hiérarchies de genre par le biais d’initiatives de consolidation de la paix qui sont menées par des communautés internationales de développement – largement composées d’hommes, dont la propre notion du patriarcat comme système « normal » est encore parfois intacte (Gordon et al. 2015, p.3 ; Handrahan 2004, p.435).

Les interactions et les initiatives de consolidation de la paix entre la communauté internationale du développement et les élites locales – deux groupes souvent fortement dominés par les hommes – peuvent donc signifier que l’environnement post-conflit, tout comme le conflit, reste centré sur les systèmes de pouvoir, les luttes et l’identité masculines. (Cockburn & Zarkov 2002). En d’autres termes, c’est une période où les « fraternités » – nationales et internationales – se disputent le pouvoir (Handrahan 2004, p.433). Alors que nous assistons aujourd’hui à la guerre sur le continent européen, provoquée par un président russe qui a plaisanté sur le viol, s’est vanté de la qualité des prostituées dans son pays et a fait adopter une loi qui a décriminalisé la violence domestique en 2017 (Ferris-Rotman 2018), cela nous rappelle à nouveau à quel point l'(in)égalité des sexes reste essentielle pour comprendre la guerre, et que le meilleur indicateur de la stabilité et de la sécurité d’un État est le niveau de violence à l’égard des femmes dans la société (Womanstats 2022). Nous devrons garder cela à l’esprit lorsqu’il sera temps de reconstruire la paix, dans la période d’après-guerre, pour créer des sociétés plus égalitaires, inclusives et stables.

Bibliographie

Abu-Lughod, L., “Do Muslim Women Really Need Saving? Anthropological Reflections on Cultural Relativism and Its Others”, American Anthropologist, 104:3, 2002, pp.783-790.

Afshar H. “Women and wars: Some trajectories towards a feminist

Peace”, Development in Practice, 13:2-3, 2003, pp.178-188.

Berry, M.E., “Barriers to women’s progress after atrocity: Evidence from Rwanda and Bosnia-Herzegovina”, Gender & Society, 31:6, 2017, pp.830-853.

Björkdahl, A., “A Gender-Just Peace? Exploring the Post-Dayton Peace Process in Bosnia”, Peace & Change, 37:2, 2012, pp. 286-317

Bush, L. “Laura Bush on Taliban Oppression of Women”, Radio Address, 17 November 2001. https://www.washingtonpost.com/wpsrv/nation/specials/attacked/transcripts/laurabushtext_111701.html

Cockburn, C., & Zarkov, D. (2002). The postwar moment: Militaries, masculinities

and international peacekeeping. London: Lawrence & Wishart.

Ferris-Rotman, A. (2018) “Putin’s War on Women”, Foreign Policy, 8 March, available at: https://foreignpolicy.com/2018/04/09/putins-war-on-women/

Handrahan, L. “Conflict, Gender, Ethnicity and Post-Conflict Reconstruction”, Security Dialogue, 35:4, 2004, pp.429-445.

Naraghi-Anderlini, S. (2008). Gender perspectives and women as stakeholders: Broadening local ownership of SSR. In T. Donais (Ed.), Local ownership and security sector reform (pp. 105–127). Geneva: DCAF.

Roy, S., “The Grey Zone: The ‘Ordinary’ Violence of Extraordinary Times”, The Journal of the Royal Anthropological Institute, 14:2, 2008, pp. 316-333.

Spivak, G.S., “Can the Subaltern Speak?”, in Marxism and the Interpretation of Culture. Cary Nelson and Lawrence Grossberg (eds), London: Macmillan, 1988.

Swaine, A., “Considering the Continuum lens and its potential to capture the wider picture of women’s experiences of violence during and after armed conflict’, Transitional Justice Institute Research Paper, n°10-21, 2010.

True, J., The Political Economy of Violence against Women, Oxford, Oxford University Press, 2012.

UN Women, “Women’s Rights in Afghanistan: Where are we now?”, Gender Alert n°1, December 2021.

WomanStats (2022) Available at: https://www.womanstats.org/

Colloque « Femmes, genre et conflits armés » avec le Centre Thucydide et l’AEGES – 25 novembre 2021

“Où sont les femmes dans les relations internationales ?” se demandait Cynthia Enloe, pionnière de l’approche féministe de la politique internationale, en 1990 dans son ouvrage de référence Bananas, Beaches and Bases. Making Feminist Sense of International Politics. Trente ans après ce premier questionnement et vingt ans après l’adoption de la résolution 1325 des Nations Unies, WIIS France, l’AEGES et le Centre Thucydide (Université Paris II Panthéon-Assas) s’associent pour une demi-journée d’échanges et de rencontres à l’occasion du colloque “Femmes, genre et conflits armés” le 25 novembre 2021. Qu’est-ce que l’approche féministe fait aux sciences sociales et à l’étude de la guerre et de la paix ? Comment le droit international protège les femmes en temps de conflit et sanctionne les violences sexuelles ? Quelle place ont-elles aujourd’hui dans les processus de résolution de conflit ? Des intervenant.e.s de tous horizons tenteront de répondre à ces questions.

Programme :

  • Introduction théorique – Conceptualiser : approche féministe des conflits armés (14h – 15h)
  • Table ronde n°1 – Protéger, sanctionner : femmes et droit international (15h – 16h30)
  • Table ronde n°2 – Promouvoir, inclure : femmes et résolution de conflits (16h45 – 18h15)
  • Conclusion & cocktail

Retrouvez la liste complète des interventions en cliquant ci-dessous :

Informations pratiques :

– L’événement aura lieu en présentiel au Centre Panthéon-Assas (12 place du Panthéon, Paris Ve) et en simultané sur Zoom.

– Un pass sanitaire valide sera demandé pour accéder à la salle.

– L’inscription est obligatoire avant le 22 novembre à ce lien.

Attention, il n’y a plus de places en présentiel. Vous pouvez vous inscrire sur la liste d’attente ou directement en distanciel.

Pour toute question, n’hésitez pas à nous écrire à contact@wiisfrance.org !