Blogpost #6 Portrait de Karine Lejeune

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec la colonelle Karine Lejeune, ancienne porte-parole de la gendarmerie, mobilisée contre la violence faite aux femmes, prix de la Femme d’influence 2018.

Qu’est-ce qui vous a poussé et motivé à vous engager dans la Gendarmerie ?

La Gendarmerie est un milieu que je connais bien puisque je suis la 4e génération de gendarmes: mon père, mes deux grands-pères et mon arrière grand-père étaient gendarmes. C’est une institution dans laquelle j’ai grandi et qui m’a apporté, enfant, beaucoup d’opportunités, notamment celle de suivre mon père dans des affectations à l’étranger.

Au moment de choisir mon orientation professionnelle pendant mes études de droit, il m’a paru assez naturel, par cet engagement futur, de rendre un peu à cette belle institution ce qu’elle m’avait apporté. Par ailleurs, le sens du service public et les valeurs portées par la Gendarmerie correspondaient à mes attentes.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre rôle ? Quelles sont vos missions au quotidien ?

Depuis août 2018, je commande le groupement de gendarmerie départementale de l’Essonne. J’ai ainsi sous mes ordres 745 gendarmes d’active et 420 réservistes opérationnels qui assurent des missions de sécurité publique et de police judiciaire sur près de 80% du département.

La gendarmerie de l’Essonne assure la sécurité de la population à la fois sur des territoires périurbains mais aussi plus ruraux, notamment sur le sud du département. Ainsi, nous prévenons et luttons quotidiennement contre la délinquance, qu’elle soit d’appropriation (avec par exemple les cambriolages), ou touchant les personnes, comme les violences intrafamiliales. Nous assurons également la sécurité des mobilités avec la lutte contre la délinquance routière et la sécurité dans les transports, très denses en Île de France.

Enfin en Essonne, la gendarmerie assure à la fois la sécurité de la plus grande maison d’arrêt d’Europe, implantée sur la commune de Fleury-Mérogis, mais aussi celle du campus urbain de Paris-Saclay où de nombreuses grandes écoles sont implantées.

Avez-vous été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé votre parcours professionnel ? Quels ont été leurs enseignements ?

Il est indéniable que mes parents ont favorisé ce parcours professionnel car j’ai été élevée dans la conviction que l’on pouvait devenir qui on voulait et exercer le métier que l’on souhaitait si l’on s’en donnait les moyens.

Ainsi, je n’ai jamais envisagé que certains métiers ne pourraient pas m’être accessibles. J’ai tout fait pour arriver à mon objectif d’intégrer la gendarmerie, même si les démarches initiales et les premiers paliers n’ont pas été toujours faciles à franchir.

A votre avis, pourquoi la Gendarmerie (et pas seulement en France) peine à se féminiser ?

Actuellement 20 % des effectifs de la gendarmerie sont des femmes. Notre présence est de plus en plus forte et nous sommes représentées dans l’ensemble des unités et technicités de la Gendarmerie. Pour autant, pour le grand public, les métiers d’autorité restent identifiés comme des « métiers d‘hommes ». C’est la raison pour laquelle il est important à la fois de communiquer sur la place que les personnels féminins peuvent tenir au sein de l’Institution, sur la conciliation vie professionnelle-vie personnelle qu’il est possible d’avoir ainsi que sur certains « rôle modèle » qui peuvent permettre aux jeunes de s’orienter vers les métiers de la sécurité.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans la dans la Gendarmerie Nationale?

La Gendarmerie Nationale offre d’extraordinaires opportunités à la fois de se mettre au service des autres mais aussi de s’épanouir dans les missions très diverses.

Que ce soit en gendarmerie départementale ou en gendarmerie mobile, en sécurité publique ou en police judiciaire, dans des technicités telles que pilote d’hélicoptère, maître de chien, technicien en investigations criminelles, négociateur de crise, plongeur, spécialiste montagne et tant d’autres, l’Institution permet à chacun et chacune d’orienter sa carrière professionnelle en fonction de ses aspirations avec un seul objectif : la sécurité des citoyens et citoyennes.

Alors n’hésitez pas : chaque année, la gendarmerie recrute. Rejoignez nous !

Blogpost #5 Portrait de Florence Gaub

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Florence Gaub, directrice adjointe de l’European Union Institute for Security Studies (EUISS). Elle nous a parlé de sa passion pour le Moyen-Orient, de son expérience « terrain » des situations post-conflits en Irak, au Liban et en Libye, et de ses sources d’inspiration.

Qu’est-ce qui a déclenché votre intérêt pour les enjeux sécuritaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

Tout a commencé par une thèse de maîtrise portant sur l’image de la guerre dans la littérature française. Je me suis rendue compte à quel point la violence, et son image, avait changé entre Waterloo et la première guerre mondiale : de l’abstrait chez Stendhal, c’est devenu un vécu très personnel chez Barbusse, et je trouvais captivant le concept de conflit comme expérience individuelle et sociétale. Je voulais aller plus loin, choisissant ensuite les institutions militaires comme objet d’études dans des pays post-conflits. Le Liban était mon premier pays d’étude, suivi par l’Irak et la Libye. J’approche donc la sécurité de l’angle conflit : je m’intéresse avant tout aux motivations, aux vécus de guerre, pas qu’aux stratégies ou aux méthodes.

Avez-vous été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé votre parcours professionnel ? Quels ont été leurs enseignements ?

En 2003, quand j’ai commencé mon voyage de recherche, il y avait très peu de femmes qui travaillaient sur le monde militaire au monde arabe. Ce qui m’a aidé était mon grand-père allemand, ancien aviateur : non pas parce qu’il connaissait le Moyen Orient, mais parce que grâce à lui j’étais très à l’aise dans le monde militaire et sa culture. C’est sans doute cela qui a fait que je n’avais pas de difficultés particulières à entrer en communication avec des officiers. Une autre personne qui m’a inspirée était Gertrude Bell, une exploratrice anglaise qui a fini comme conseillère du roi Faisal en Irak. A chaque fois que j’encontre des défis, je me dis que c’était bien plus difficile pour elle ! Mais le long de ma carrière, j’ai eu la chance d’avoir des supérieurs, hommes et femmes, qui m’ont soutenue et encouragé.

Du Parlement allemand à la vice-présidence de l’EUISS, en passant par le Collège de l’OTAN, quels ont été les plus grands défis auxquels vous avez été confrontée au cours de votre carrière dans le monde de la sécurité internationale ?

Mon premier moment de colère était quand on m’a dit à l’OTAN « On vous a recruté malgré le fait que vous êtes une femme ». C’était censée être un compliment. J’en ai parlé à mon chef qui était un US Marine et qui avait une sensibilité que les Européens n’avait pas (encore ?). Son soutient m’a beaucoup aidé à gérer la situation, et j’ai appris à avoir le sens de la reparti depuis. Le terrain dans une zone de crise, en tant que femme, c’est un défi constamment – c’est faisable, mais il faut s’organiser pour avoir de la protection.

Pensez-vous que l’environnement professionnel et universitaire dans lequel vous avez évolué est peu féminisé ? Si oui, quelle serait, selon vous, la clé pour avoir plus de femmes à des postes de responsabilité dans le monde de la recherche ?

Oui et non : la recherche sur le monde arabe est bien féminisée maintenant, il y a beaucoup de chercheuses courageuses, originales et extraordinaires, et elles m’inspirent beaucoup. Par contre, le monde de la sécurité est toujours très masculins. D’un coté, la guerre est un sujet qui intéresse plus les hommes, mais de l’autre coté beaucoup de femmes sont intimidées par ce « Band of Brothers ». Je pense qu’il faut encourager les femmes à demander leur place à la table, à les orienter vers des sujets considérées « masculines ». Un de mes supérieurs a essayé de m’orienter vers l’égalité des sexes et la culture, pensant que j’y serai plus à l’aise, mais une femme, tout comme un homme, comprend le conflit, et par extension, la guerre.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans la poursuite d’un doctorat ou qui souhaiteraient travailler en qualité de chercheuse dans un think tank comme le vôtre ?

Je suis surfeuse, et la vie professionnelle ressemble beaucoup au surf. Il faut savoir reconnaître les opportunités, il faut du courage, mais il faut aussi savoir remonter sur la planche après une mauvaise vague. Et on ne peut pas attendre à la plage que quelqu’un vienne vous chercher. Mon conseil principal : trouvez une question qui vous passionne et allez jusqu’au bout. N’acceptez pas les non. Soyez créative pour surmonter des défis, et surtout : amusez-vous. La recherche peut vous remplir de joie, mais il faut aimer aussi les moments difficiles : la bataille des idées, les pages blanches, des moments de fatigue.

Speed Expertise #1

Le 5 mars dernier, Women In International Security (WIIS) France vous invitait à participer à son premier Speed Expertise. Ce nouveau format d’événement, combinant de courtes présentations d’expertes sur un sujet de réflexion prédéterminé, puis un moment de partage nous a permis de découvrir les travaux de trois expertes : Joanne Kirkham, Alice Lane et Clotilde Bômont.

Nous avons eu l’honneur d’être accueillies dans les locaux de l’Institut des Relations Internationales (IRIS) par Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’Institut, et Marie-Cécile Naves, qui en dirige l’Observatoire du Genre.

Le sujet de réflexion portait sur les enjeux éthiques, juridiques et pratiques des nouvelles technologies dans le secteur de la défense.

Vous retrouverez ci-après la synthèse de leurs présentations.

Armes létales autonomes – quel cadre juridique ?

Présentation par Joanne Kirkham, chercheure associée au Centre Thucydide et doctorante contractuelle. Joanne enseigne le droit international et les relations internationales. Ses travaux de recherche portent sur les systèmes d’armes létaux autonomes en droit international.

Dans un avenir plus ou moins proche, des systèmes d’armes létaux capables de choisir, indépendamment d’une intervention humaine, (permanente) d’engager une cible humaine sur un champ de bataille pourraient être déployés.

Le droit doit-il les interdire (Human Rights Watch milite notamment pour l’interdiction des «robots tueurs ») ou doit-il encadrer leur déploiement ? L’articulation du droit international humanitaire et du développement des champs de bataille de demain est ardue.

Les militaires, les ingénieurs et les chercheurs travaillant sur les systèmes d’armes (incluant les UAV-UGV et l’intelligence artificielle notamment) constituerait un premier groupe. Ce groupe est intéressé par le potentiel des armes létales autonomes puisqu’il y voit des opportunités stratégiques (les armées notamment, dont l’objectif est de projeter la force en limitant les risques et donc en protégeant leurs personnels). Pour justifier l’utilisation des armes létales autonomes en droit international humanitaire, ce groupe souligne leur fonctionnement-même, autonome. En période de conflit, ce fonctionnement autonome par ciblage permet de mieux protéger les civils et les soldats.

Un second groupe s’oppose au développement et au déploiement des armes létales autonomes (en témoignent les nombreuses évocations du terme « robots tueurs »). Outre la crainte des limites techniques (l’incapacité de distinguer précisément une cible), ce groupe argue que le droit de ne pas être tué par un robot est un droit humain.

Le droit international humanitaire et le droit international pénal sont donc sollicités par ces systèmes d’armes qui mettent en exergue la responsabilité des entités étatiques et non-étatiques qui les déploient. De facto, aucun système complètement autonome ne peut exister. Tous utiliseront des données qui proviennent de sources spécifiques. En théorie, tout chef militaire, et par ce biais tout Etat, est responsables de l’utilisation de ces armes, même si elles n’ont pas été fabriquées ou programmées par l’Etat, mais simplement achetées à une entité tierce. Un chef militaire peut-il être tenu responsable si jamais la machine présente un dysfonctionnement ? Sur quel fondement juridique ? Des ambiguïtés persistent, amplifiées par le fait que tous les Etats membres des Nations Unies ne soient pas signataires ou n’aient pas ratifié les textes juridiques pertinents.

Enfin, il existe actuellement un blocage au niveau des Nations Unies au sujet des armes létales autonomes. Il n’y a ni définition claire, ni perception commune de risques, et ni volonté d’agir. Cela freine de fait l’élaboration d’une convention.

Il serait peut-être opportun d’avancer de façon constructive, en favorisant les échanges entre les deux groupes précités, et en avançant par le biais du Soft Law. Ce fonctionnement permettrait d’établir des principes généraux et un code de conduite, en s’inspirant par exemple des approches du domaine Cyber.

Armes létales autonomes – Enjeux éthiques et implication du secteur privé

Présentation d’Alice Lane, consultante en transformation digitale. Diplômée de la Queen Mary University de Londres, les réflexions d’Alice portent sur l’implication du secteur privé dans le développement des armes autonomes.

Pour développer et engager des phases de tests de leurs propres systèmes d’armes autonomes létales, beaucoup de forces armées étatiques ont choisi de faire appel au secteur privé. Ce choix s’explique par deux facteurs : le secteur privé est souvent beaucoup plus avancé en ce qui concerne l’intelligence artificielle et des systèmes qui fonctionneraient en autonomie, et les forces armées ne disposent pas de toutes les compétences requises en interne pour le développement de tels systèmes. Or, ce basculement vers le secteur privé pose plusieurs questions éthiques.En premier lieu, le fonctionnement logique des entreprises repose sur leur chiffre d’affaires et leur obligation d’honorer les contrats conclus. Ensuite, dans la mesure où le produit final et son utilisation restent à ce stade peu juridiquement encadrés, il est possible, aussi bien pour les gestionnaires que pour les développeurs, de faire abstraction de certains paramètres : des algorithmes étant programmés par des « civils », mais les systèmes d’armes autonomes maniés par les militaires, on peut soupçonner que la mentalité « civile » et ses paramètres se distinguent nettement de la déontologie militaire. Il faut également prendre en compte l’infiltration de biais implicites dans les algorithmes : le gender bias par exemple, ou bien des biais raciaux ont été mis en évidence, ce qui pousse à s’interroger sur la « boîte noire » que constituent ces systèmes.

Par ailleurs, les questions éthiques soulevées relèvent aussi de la conception de l’être humain et de la responsabilité juridique. Comme indiqué par Joanne, le droit international humanitaire pose des questions éthiques. Certaines sont liées à la conception-même de l’être humain. L’homicide par une machine, et non par un être humain constitue-t-il une violation des Droits de l’Homme, même si ladite machine aurait correctement identifié sa cible ? La victime serait-elle dégradée par cette mort, car déclarée indigne de conflit via interaction humaine ? Dans tous les cas, le deuil est rendu plus difficile par cette distanciation vis-à-vis de l’acteur humain.

Loin de ces considérations conceptuelles qui peuvent paraître très abstraites, des questions de responsabilité juridique se posent. Les machines, comme les êtres humains, commettent des erreurs. Si un soldat et ses supérieurs doivent répondre d’une éventuelle bavure, qu’en est-il pour un système autonome ? Qui est responsable : l’armée qui a utilisé le système, l’ingénieur qui l’avait programmé, l’entreprise qui l’avait commercialisé ? Que se passerait-il si des systèmes autonomes disponibles sur le marché tombaient dans les mains de terroristes ? Certains acteurs du secteur privé sont en mesure d’accumuler d’énormes quantités de données et d’en déduire des enseignements sur des individus ; en ce sens, leur éventuelle proximité avec des systèmes d’armes autonomes est inquiétante.

Les armes létales autonomes en elles-mêmes peuvent être considérées comme problématiques d’un point de vue éthique. Ce problème s’accentue si l’on y ajoute l’implication du secteur privé dans toutes les phases de leur développement, de la conception à la commercialisation.

Cas pratique : implications stratégiques de l’utilisation du Cloud par les forces armées

Présentation de Clotilde Bômont, doctorante allocataire à l’Université Panthéon-Sorbonne et chercheure associée à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Clotilde est spécialiste des questions liées aux services d’information militaires et au Cloud Computing dans la Défense.

Le Cloud est une réponse technique conçue par le secteur privé aux défis du stockage, du traitement et de la mutualisation de données. Au lieu de stocker des données sur des ordinateurs individuels, elles sont stockées sur des serveurs en « nuages de données » accessibles et exploitables selon des critères fixés par les utilisateurs. L’utilisation du Cloud croît d’environ 17% par an. Cette technologie s’intègre dans un contexte multiplication croissante de données, elle-même due à une multitude de connections entre utilisateurs, entre utilisateurs et objets, et entre objets eux-mêmes. La complexification du système qui en résulte rend le traitement et l’exploitation de données très difficiles.

L’intérêt qu’ont les forces armées et du ministère des Armées à utiliser le Cloud paraît évident : pour les forces armées, créer et utiliser des « nuages de données » dans le cadre d’une opération serait un atout tactique et opérationnel. Pour le ministère, rassembler toutes les données du personnel pour optimiser la gestion des ressources humaines par exemple serait également d’un grand intérêt. Mais intégrer la technologie Cloud dans des systèmes à usage militaire, et même à usage strictement administratif est complexe.

Peut-on réellement externaliser ces services auprès de prestataires tiers ?

Ces réflexions mettent en exergue la nature géopolitique du Cloud, qui est avant tout un objet géographique s’appuyant sur des infrastructures physiques, les Data Centers, centres de stockage de données, localisés sur des territoires capables de fournir de l’énergie, des artères de transport et de la main d’œuvre qualifiée.

Néanmoins, le Cloud a aussi des effets extraterritoriaux car il n’est pas confiné dans des frontières nationales. Tout d’abord, il est accessible de n’importe quel endroit du monde connecté à Internet. Ensuite, les Etats sur le sol desquels se trouvent des Data Centers ont au moins théoriquement accès aux données qui appartiennent à des pays tiers, ce qui constitue une potentielle atteinte à la souveraineté de ces derniers. Enfin, certains Data Centers devraient respecter la législation du pays qui les hébergent, et ne le font pas.

La souveraineté numérique nationale et le Cloud dominé par les acteurs (privés) américains font donc difficilement bon ménage. C’est pourquoi la France tente actuellement de mettre sur pied un Cloud souverain. Il existe également des initiatives européennes en ce sens. En parallèle, les acteurs privés américains tentent de protéger leurs parts de marché en prenant leurs distances avec le gouvernement américain.

Au niveau des forces armées, l’intégration du Cloud est complexe. En dehors des questions sécuritaires liées à la protection des données sensibles, le Cloud crée des problèmes organisationnels (incompatibilités de systèmes informatiques, formation du personnel, …), sociaux (différence de valeurs entre univers militaire et secteur privé) et d’un point de vue des ressources humaines (difficulté de recruter du personnel qualifié).

Le Cloud est donc un enjeu de puissance : celui qui maîtrise le Cloud maîtrise une grande partie des données mondiales. L’accès à ces réalités numérisées porteuses d’informations exploitables forme le socle du développement de nouvelles technologies fondées sur l’intelligence artificielle.

#aide #dons

Replay – Webinar « Comment communiquer d’une façon puissante et mobilisatrice ? »

WIIS France organisait le 22 avril dernier un webinar axé sur le développement professionnel autour du thème : Comment communiquer d’une façon puissante et mobilisatrice ?

http://undefined

Animé par Nadja El Fertasi, Fondatrice et Directrice de l’agence Thrive with EQ, nous mettons à l’honneur trois enseignements qui se sont dégagés de sa présentation :
1) La perception de soi a un impact certain sur notre communication. La gestion de ses propres émotions est donc essentielle.
2) Le pitch doit être composé de trois éléments : le problème à résoudre, la solution proposée, et la valeur apportée.
3) La recette gagnante pour parler d’une façon puissante et mobilisatrice est composée à 50% de préparation professionnelle (faire ses recherches, réviser, répéter) et à 50% de préparation mentale (psychologie positive, visualisation).

WIIS France a le plaisir de partager la vidéo du webinar en replay, utile à toutes celles et ceux qui n’ont pu se joindre à nous à cette occasion et pour préparer votre prochain pitch !

Blogpost #4 Portrait d’Elena Lysak

WIIS France a eu le plaisir de s’entretenir avec Elena Lysak, doctorante à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris. Ses recherches portent sur les questions liées à la place des femmes dans la société contemporaine. Formée en relations publiques, elle a travaillé pendant plusieurs années en tant que journaliste, et enseigné à l’université. Son intérêt pour le sujet des rôles sociaux des sexes, l’a poussé à réaliser un Master en sociologie et deux études scientifiques. La première sur l’égalité professionnelle des genres dans l’armée russe, et la deuxième sur le phénomène socio-professionnel des épouses de militaires en France. Elena est l’auteure d’une étude sur a réalisation professionnelle des conjointes de militaires en France et en Russie.

1. Qu’est ce qui a déclenché votre intérêt pour les questions de genre et de sociologie militaire ?

Mon intérêt spécifique pour l’armée résulte de mon histoire familiale. Ayant grandi dans une famille de militaires, j’ai vécu plusieurs déménagements avec mes parents. Et je me suis toujours demandée comment ma mère arrivait à garder son activité professionnelle dans les conditions de vie imposées par le métier de mon père. Couturière diplômée elle a travaillé pendant longtemps comme directrice d’une maison de couture. Mais à la suite des mutations, elle a dû abandonner son domaine professionnel initial afin de rejoindre l’armée, elle aussi.

Parallèlement, en regardant la carrière de mon père, je me suis demandée quel rôle avait joué sa famille, et notamment son épouse, dans ce processus. Aujourd’hui retraité, il a eu un parcours professionnel remarquable : après avoir commandé d’un régiment, il a fait une thèse de doctorat pour pouvoir enseigner les sciences militaires. Cet homme a consacré à l’armée plus de 45 ans de sa vie, il a formé quelques générations d’officiers, il est aussi auteur de plusieurs ouvrages académiques. Aurait-t-il été possible d’avoir une carrière aussi brillante sans la contribution et l’engagement personnel des membres de sa famille ? Et si on parle des femmes de militaires, s’agit-il du sacrifice individuel des conjointes, ou est-ce un effet des rôles sociaux de sexe qui forcent la femme de s’impliquer plus dans la carrière de l’homme qu’inversement ? Ces éléments expliquent mon intérêt pour les rapports entre conjoints dans ce domaine unique qu’est l’Armée.

2. Pouvez-vous nous parler de vos travaux de recherches ?

Mes recherches portent sur les conjointes de militaires mais en réalité la problématique est beaucoup plus large et profonde. De fait, la participation des conjointes à la vie professionnelle des maris affecte sérieusement l’organisation interne de l’armée. Je peux même dire que les épouses contribuent à la formation des grandes tendances de l’institution telles comme la politique de recrutement, de rémunération, etc. Par exemple, les sondages menés en France dans les années 1980 montrent que c’étaient les épouses du personnel qui s’opposaient fortement à la féminisation de l’armée. Elles ont évoqué entre autres l’argument de la menace potentielle du personnel féminin pour la stabilité de leurs familles et pour la fidélité conjugale. On voit ainsi que l’influence des épouses de militaires est loin d’être enfermée au sein de la cellule familiale : elle peut orienter les stratégies internes de l’armée.

Je pense que mener cette étude contribuera à trouver les sources pour lutter contre l’inégalité professionnelle et sociale des genres dans la société contemporaine.

3. Avez-vous été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé votre parcours professionnel ? Quels ont été leurs enseignements ?

Faire de la science demande une certaine curiosité et j’ai été très influencée par ma mère. Personne très active, cette femme m’a toujours inspirée par sa capacité à découvrir de nouvelles choses, à être curieuse et étonnée par le monde. J’ai admiré le fait qu’elle ait toujours vécu son expérience dans l’armée comme positive et passionnante même si c’était un changement radical par rapport à son métier initial.

Je mentionnerais aussi une femme vraiment courageuse surtout pour son époque – Olympe de Gouges. Cette femme de lettres française, devenue femme politique, est considérée comme une des pionnières du féminisme et un emblème des mouvements pour la libération des femmes. Au XVIIIème siècle Olympe de Gouges a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle affirmait l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes. En raison de son engagement politique, elle a été guillotinée à l’âge de 45 ans. Selon les historiens, elle s’écrie devant la guillotine : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort! ». Pour moi c’est un vrai courage. Cette audace peut nous inspirer aujourd’hui à l’époque où on proclame la liberté et la démocratie.

4. Parlez-nous de « Madame Success », site que vous avez créé avec des collègues, et qui cherche à briser le « plafond de verre » actuel.

« Madame Success » est un projet qui est né en 2017 et dont le but est de répondre à la question suivante : Quel est le succès au féminin dans le monde contemporain ? Et d’ailleurs, pouvons-nous séparer la réussite des femmes de celle des hommes ? C’est une vraie question qu’on s’est posé au début, et dont la réponse est loin être simple. Les histoires des femmes que nous racontons sont très diverses mais c’est à travers ces parcours incroyables qu’on peut trouver les tendances qui les unifient. Ces fameuses clés de la réussite que tout le monde aspire à obtenir !

J’exagère un peu mais les femmes que nous avons interrogées dans les différents pays du monde témoignent souvent des choses très communes. J’ai été bluffée par exemple par le fait que l’audace a été classée par toutes les interviewées comme qualité principale de leur caractère. Et je vous invite vivement à les lire, elles sont toutes extraordinaires !

Mais j’estime que la chose la plus importante c’est qu’à travers « Madame Success » les lecteurs peuvent trouver leurs propres moyens de réussir. Inspirées par des exemples de nos héroïnes les femmes peuvent devenir plus courageuses, plus audacieuses, et plus ambitieuses aussi ! C’est ça qui est vraiment précieux !

5. Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans la réalisation d’une thèse de Doctorat ?

En tant que femme engagée dans la recherche scientifique je n’ai jamais remarqué de spécificités liées aux genres des chercheurs, tout du moins dans domaine des sciences humaines et sociales que je connais le mieux. Ainsi Je dirais à tous les hommes et les femmes : si vous voulez étudier le monde – allez-y ! Plongez dans cet univers, lancez-vous dans cette aventure car c’est vraiment passionnant de pouvoir découvrir de nouvelles choses. Les sciences permettent de comprendre la société qui nous entoure mais en plus de ça elles donnent la possibilité de mieux nous comprendre! Chacun est capable de contribuer aux changements globaux dans le monde entier. En fait c’est cette puissance incroyable de la science qui vous motivera à mener des recherches académiques.

#communauté #équipe

« Le leadership des femmes dans la paix et la sécurité »

A l’approche de l’anniversaire des 20 ans du vote de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, le moment semblait opportun pour rassembler une variété d’actrices des secteurs public et privé, représentantes d’associations, et d’organisations non-gouvernementales autour d’une session de travail interactive sur le thème de la promotion du leadership des femmes dans les domaines de la paix, de la sécurité et de la défense.

L’Ambassade du Canada en France, WIIS Canada et WIIS France ont ainsi unis leurs efforts le 26 novembre 2019 afin d’étudier ensemble la manière dont les associations de femmes en France et au Canada peuvent faire avancer la cause des femmes de manière concertée, réfléchie et organisée.

Le rôle des associations dans la promotion du leadership des femmes dans les domaines de la paix et la sécurité

En signant la résolution 1325 le 31 octobre 2000, le Conseil de sécurité a reconnu les effets dévastateurs des conflits armés sur les femmes et les filles et ouvert la voie à la pleine protection et participation des femmes aux accords de paix. La résolution a également contribuer à changer l’image des femmes – de celle de victimes à celle de participantes œuvrant activement à la négociation, à la consolidation et au maintien de la paix. Cantonnée pour longtemps au rôle de « victime », les femmes ont été reconnues comme actrices du changement et de leur avenir.

En marquant le pas à un changement de paradigme, la résolution 1325 a également préconisé une approche globale pour contrer l’impact insidieux de la violence armée sur les femmes et par ce biais sur les sociétés en guerre. Elle a exhorté les États membres à assurer une plus grande représentation des femmes à la prise de décision dans les institutions et les mécanismes nationaux, régionaux et internationaux en vue de la prévention, de la gestion et du règlement des différends. Elle a demandé aux parties aux conflits armés de prendre des mesures spéciales pour protéger les femmes et les filles contre les actes de violence pendant les guerres et de leur donner la possibilité de participer aux processus de paix afin de trouver des solutions à long terme.

Étape majeure dans le droit international et les relations internationales, la prise en compte par les états de cette résolution demeure toutefois insuffisante. Les femmes et les filles continuent d’être victimes d’actes de violence pendant et après les conflits armés. Elles se voient exclues ou écartées des négociations de paix.

Et malgré le fait que la résolution invite les États membres à mettre en place des plans d’actions nationaux, ceux-ci souffrent d’un manque de mesures concrètes, d’une coordination pour leur implémentation et un financement pérenne.

De nombreuses associations sont engagées dans un travail de fond et d’analyse destiné à servir les politiques internationales et apporter aux états et aux organisations internationales, au moyen de leurs recherches de terrain et expériences. Grâce aux contributions respectives de nombreuses chercheures, diplomates, hautes fonctionnaires, représentantes et membres d’associations, des associations telles que Women In International Security sont des vecteurs d’expertise de taille. Elles sont également des plateformes de dialogue essentielles permettant aux femmes de différents milieux professionnels d’échanger meilleures pratiques et points de vue – des ressources essentielles pour faire avancer la qualité des politiques publiques. Au-delà d’atteindre une parité des sexes en termes de représentativité, la féminisation de la gouvernance est un enjeu démocratique, de qualité des services publics et d’équité.

Plus encore, la contribution des femmes au débat sécuritaire est indispensable : leur participation aux négociations de processus de paix est corrélée de manière positive à la signature et l’application des accords de paix. Par ailleurs, il faut souligner ici que, selon le rapport d’ONU Femmes France, ce ne sont pas tant les quotas imposés de femmes aux négociations qui permettent d’augmenter la probabilité de signature et d’application des accords de paix. « La différence se situe au niveau de l’influence que les femmes exercent sur un processus. En résumé, faire en sorte que la participation des femmes compte est plus important que le simple fait de compter le nombre de femmes engagées dans les processus de paix [1]. » Remettre les femmes au cœur des processus de médiation de conflit est donc en soi un enjeu de paix et de stabilité.

L’importance de renforcer la collaboration entre associations

Un climat géopolitique incertain, des agendas politiques rythmés par l’impératif électoral, une tendance à négliger les instances multilatérales sont autant d’éléments qui ont un impact certain sur les priorités données à des dossiers comme celui de l’Agenda femmes, paix et sécurité. Priorité un jour, question subsidiaire un autre, les agendas politiques évoluent de manière rapide – tandis que l’implication des associations demeure pérenne.

C’est bien pour cette raison que les associations de femmes ont tout leur rôle à jouer. Elles sont capables, par leurs réseaux et leur force fédératrice, de rappeler aux gouvernements leurs engagements et leurs promesses, faisant en sorte que les Plans d’Action Nationaux et les accords de paix soient respectés. Elles permettent également de créer des communautés de pratique et d’expertise transnationales qui promeuvent un dialogue et un partage des connaissances et expériences entre différents groupes de femmes à travers le monde. Ce réseau permet de renforcer l’importance et l’attention donnée aux des questions reliées à l’Agenda femmes, paix et sécurité, de même qu’au rôle et à la place des femmes dans les domaines de la paix, de la sécurité et de la défense.

Vers une mutualisation des efforts

Dans le cadre des meilleures pratiques permettant aux associations de peser de tout leur poids dans le débat public, l’atelier professionnel du 26 novembre a permis de mettre en lumière différents axes de développement prioritaires – au-delà de la question épineuse du financement, préoccupation majeure de toute association.

Le premier axe consiste pour les associations à mutualiser leurs efforts, mettre en commun leurs ressources (recherche, études de terrain, campagne de sensibilisation, atelier de formation, etc.), et créer des synergies entre réseaux et chapitres d’une même organisation. C’est en effet par un échange de bonnes pratiques et une fédération de nos efforts que nos actions pèseront.

Le deuxième axe repose sur une structure claire, un message défini, un réseau varié et des outils de communication efficaces. Le message, d’une importance cruciale, doit résonner à l’oreille des femmes mais également des hommes qui côtoient de près ou de loin les associations. Trop souvent absents du débat, les hommes jouent un rôle important dans la promotion et la diffusion du message porté par les associations de femmes et doivent donc être associés de manière étroite à leurs travaux. Toutefois, la difficulté réside aujourd’hui dans l’association des hommes au débat tout en sanctuarisant un espace où les femmes se sentent pleinement en confiance pour échanger entre elles.

La jeunesse et l’éducation sont également des clés. En effet, non seulement l’éducation joue un rôle essentiel dans la transmission d’un message de valeurs, de respect et de tolérance. Ce sera aux générations futures de porter haut et fort le message d’une gouvernance plus équitable, respectueuse du droit des femmes. Les rôles modèles auprès des jeunes dont les témoignages inspirants fédèrent autour d’une cause sont à cet effet particulièrement importants et utiles. Les associations de femmes ont ainsi tout intérêt à véhiculer leurs messages dans les instances dirigeantes mais aussi au plus près de la jeunesse.

En ce sens, WIIS Canada met l’accent, depuis sa création, sur le mentorat. La pierre angulaire du réseau canadien est un atelier annuel réunissant étudiantes, chercheures et professionnelles œuvrant dans le milieu de la sécurité et de la défense. L’événement met l’accent non seulement sur la promotion des travaux de recherche de jeunes chercheures, mais également sur le développement de compétences professionnelles et d’un réseau d’échange incluant des femmes à différentes étapes de leur carrière.

Cette activité permet à WIIS Canada de rejoindre la nouvelle génération de femmes intéressées par les questions de paix, sécurité et défense, tout en promouvant un réseau pancanadien fort.

D’autres opportunités existent aussi pour faire entendre nos voix. Les impulsions politiques ne manquent pas et c’est une chance de pouvoir profiter du dynamisme actuel en faveur de politiques plus diverses et inclusives. WIIS Canada a ainsi pu s’appuyer sur la mise en place d’un conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes, initiative lancée par le Premier Ministre Trudeau, et WIIS France sur la grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron : l’égalité Femmes-Hommes. Un certain climat politique peut donc se révéler particulièrement utile aux associations. Les événements internationaux organisés dans le cadre des instances multilatérales, comme lors du G7 de Biarritz en 2019 ou à l’occasion du prochain forum Génération Egalité en juillet 2020 doivent servir de caisse de résonance à la cause des femmes.

Perspectives

Plus que de centrer le débat sur les femmes elles-mêmes, l’atelier WIIS France et WIIS Canada a mis en lumière la valeur ajoutée pour toutes les associations de femmes de mutualiser leurs efforts. Couplée à une expertise de terrain, d’échanges de bonnes pratiques et de dialogue, cette mutualisation est la condition essentielle pour générer un changement profond des mentalités et obtenir une « force de frappe » de poids dans les arènes nationales et internationales.

La participation accrue des Femmes aux grands débats politiques et de sécurité, leur présence dans les instances multilatérales, est un enjeu de taille – il en va de la qualité et de l’équité de nos politiques publiques.

Dr. Gaëlle Rivard Piche, Fellow, NPSIA Carleton University, Vice-Présidente, WIIS Canada
Jessica Pennetier, Secrétaire Générale, WIIS France

[1] Faire que les femmes comptent – ne pas simplement les compter : Evaluation de l’inclusion et de l’influence des femmes dans les négociations de paix | Rapport p.5

Blogpost #3 – Portrait de Brenda Lucki, Commissaire de la Gendarmerie Royale du Canada

WIIS France a eu l’immense honneur d’interviewer la Commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Mme Brenda Lucki le 3 octobre dernier, à l’occasion de sa visite officielle en France.

1. Qu’est ce qui a déclenché chez vous l’ambition de vous engager dans la Gendarmerie Royale du Canada (GRC)?
Je suis entrée à la GRC parce que je voulais changer les choses et servir le public. La GRC est une organisation emblématique à l’histoire riche et fière et c’est ce qui m’a attirée. Un de mes objectifs premier était de travailler un peu partout au pays. Ce travail m’a permis de voyager, de parcourir diverses régions du Canada et même du monde. C’est une chance incroyable.
La GRC présente tout un éventail de possibilités de carrière et je suis ravie d’avoir pu en connaître plusieurs. J’ai eu la chance de travailler aux services généraux, aux services de la circulation, aux opérations d’infiltration, aux missions de paix internationales et comme instructrice à l’École nationale; et aujourd’hui, je suis la commissaire!

2. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre rôle ? Quelles sont vos missions au quotidien ?
En tant que commissaire, j’ai le mandat d’assurer la sécurité des Canadiens. Mon travail consiste à faire en sorte que tous les secteurs de la GRC fonctionnent de façon harmonieuse et efficace – au niveau fédéral, provincial et municipal. En outre, je suis chargée de moderniser l’organisation de la GRC et pour ce faire, nous avons mis en place un plan de transformation pluriannuel. Nous l’appelons Vision150, pour souligner le 150e anniversaire de la GRC en 2023. Nous adoptons de nouvelles technologies et de nouvelles politiques et nous améliorons nos services. Il s’agit de faire de la GRC une organisation souple et respectueuse, reconnue dans le monde entier pour son excellence policière.

3. Avez-vous été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé votre parcours professionnel ? Quels ont été leurs enseignements éventuels ?
Ma plus grande source d’inspiration, ce sont les premières femmes qui sont entrées à la GRC. Elles sont issues de la troupe 17, diplômée de l’École de la GRC en 1974. Sans leur courage et leur détermination, je ne serais pas ici aujourd’hui. Une des femmes au sein de cette troupe est Bev Busson, une amie chère et mentor pour moi. Elle est une véritable pionnière pour avoir été la première femme commissaire intérimaire en 2006. Aujourd’hui encore, Bev milite avec détermination pour promouvoir la situation des femmes au sein de la GRC. C’est grâce à elle que j’ai appris à persévérer devant l’adversité.

4. A votre avis, pourquoi la Gendarmerie (dans la majorité des pays) peine à se féminiser ?
Je pense que les corps de la Police et de la Gendarmerie peinent à recruter des femmes parce qu’il s’agit d’un secteur traditionnellement masculin. Par ailleurs, les femmes ne se reconnaissent pas nécessairement dans les métiers de la Police. A mon avis, c’est en favorisant la promotion de modèles féminins que nous pouvons montrer aux autres femmes qu’une carrière dans la police est viable et satisfaisante. Nous devons également faire en sorte que nos organisations soient inclusives et souples pour répondre aux besoins de chacun et de chacune, peu importe le sexe et le genre. À la GRC, nous avons opéré de vastes changements pour être inclusifs. Par exemple, nous avons remanié notre processus d’avancement, le code relatif à la tenue vestimentaire et nous révisons actuellement notre politique sur les armes à feu.
Dans les opérations de maintien de la paix (OMP), les femmes offrent une perspective précieuse et peuvent aider à rétablir les liens de confiance avec les collectivités, surtout auprès des femmes vulnérables. Les femmes sont également mieux équipées pour exercer certaines tâches de sécurité, notamment : la fouille de femmes, l’escorte de victimes et de témoins de violence sexuelle, le désarmement et le processus de filtrage pour la réintégration des femmes. Dans l’ensemble, les femmes disposent d’un éventail de compétences précieuses et peuvent apporter une aide précieuse lorsqu’il s’agit d’établir des liens étroits avec la collectivité, au pays et à l’étranger.

5. Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans la Gendarmerie Royale du Canada ?
Aux jeunes femmes, je dirai : n’hésitez pas! Postulez! Il y a environ 30 ans, je me trouvais à votre place. J’ai reconnu mon intérêt, et j’ai décidé d’aborder une carrière policière à la GRC. Avec le recul, je suis très heureuse d’avoir franchi ce pas.
J’ai eu une carrière satisfaisante, remplie de possibilités et de défis stimulants.
Je suis la preuve vivante qu’avec de la détermination, tout est possible!
Je dis toujours à mes employés : une seule personne peut changer les choses; chacun devrait se donner une chance. Travailler à la GRC est une façon extraordinaire d’améliorer les choses… alors, qu’attendez-vous?

Blogpost #2 -Portrait d’Alice Lane

Dans sa série de portraits de femmes aux parcours inspirants, WIIS France vous propose de découvrir Alice Lane, diplômée de l’université Queen Mary of London, actuellement en stage de fin d’études chez Cap Digital.

Alice Lane est diplômée de Queen Mary University of London, où elle a étudié les Relations Internationales et actuellement en stage de fin d’études chez Cap Digital. Son mémoire, « Armes Autonomes et Entreprises de Technologies Privées: Quelles sont les implications éthiques des entreprises de technologie privées partenaires de l’armée dans le développement d’armes autonomes? », sera prochainement publié par WIIS France. 

Nous l’avons rencontrée pour lui poser quelques questions sur son parcours.

Comment décrirais-tu ton parcours en quelques mots ?

Après une année sabbatique à 19 ans qui m’a permis de découvrir l’Asie du Sud-Est, j’ai commencé mes études en Philosophie et Français à l’Université de Liverpool. J’ai ensuite eu l’opportunité de travailler au sein des Nations Unies à Bruxelles durant un an avant de me lancer dans un master en Relations Internationales sur le Campus de Paris de Queen Mary University of London.

Qu’est ce qui a déclenché en toi un intérêt pour les questions éthique, notamment liées à l’armement ?

Un projet bénévole en Afrique du Sud à 17 ans m’a permis de me confronter aux grandes questions d’injustice et me suscita l’envie de comprendre et de mettre des mots sur ces grandes problématiques. Au cours de mon Master j’ai suivi un cours de sécurité internationale, où on traitait des sujets assez nouveaux pour moi comme la cyber sécurité, le Big Data et le fait de déléguer les actes de guerre à l’intelligence artificielle. Alors que je me passionnai pour ces thématiques, une amie a publié le livre Intelligence Artificielle, Pas Sans Elles, qui m’a fait réfléchir sur le lien éthique et intelligence artificielle. 

Quels sujets te passionnent le plus ?

Je suis intéressée par les problèmes de biais dans l’Intelligence Artificielle. On imagine souvent les algorithmes comme neutres, ce qui est dangereux car ils reproduisent les biais qui existent dans la société. Il est donc indispensable de pouvoir mettre en place des gardes fous dans le développement des systèmes équipés d’Intelligence Artificielle, et surtout ceux qui pourraient être utilisés pour les armes. Ce qui me passionne c’est chercher des réponses éthiques à des problèmes qui affectent les droits humaines.

En parallèle, mon expérience actuelle en Projets Européens chez Cap Digital me permet d’être au cœur d’un mouvement qui rassemble tous les acteurs de l’innovation dans la transition numérique et écologique. Il m’est ainsi donné d’étudier l’implication business des nouvelles technologies sur des secteurs comme la santé, les villes intelligentes et durables.

As-tu été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé ton parcours ? Quels ont été leurs enseignements ?

La citation préférée de ma regrettée Professeure à l’Université de Liverpool, Kate Marsh, était « tout m’intéresse, tout m’étonne », de Montesquieu dans son livre Lettres Persanes. Sa passion pour la littérature et la Recherche étaient contagieux et son enthousiasme m’a inspirée à continuer à étudier des sujets qui me passionne. 

Mes professeurs de Queen Mary University, notamment Engin Isin et Elke Schwarz m’ont ouverts aux nouveaux concepts de la guerre, comme les implications éthiques, légales ou politiques de l’utilisation des nouvelles technologies y compris les technologies cyber / numériques, les technologies autonomes, l’intelligence artificielle, et les technologies d’interface homme-machine.

À ton avis, pourquoi l’environnement académique et professionnel dans lequel tu évolues reste-t-il trop peu féminisé ?

De mon expérience, en étudiant la Philosophie, le français et les Relations Internationales, la salle de classe est très féminisée. Par contre, cela ne se reflète pas sur le corps professoral qui comporte majoritairement des hommes. La principale chose que je note est que la société n’enseigne pas les filles à s’exprimer de la même manière que les hommes. Nous devons donc changer la façon dont nous traitons les filles dès leur plus jeune âge afin de changer la dynamique du monde universitaire.

Quels conseils donnerais-tu à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans une voie similaire à la tienne ?

Je soulignerais l’importance du « networking » qui peut sembler effrayant, parfois trop formel. Mais cela signifie simplement rencontrer des personnes partageant les mêmes intérêts, mieux comprendre leur domaine, partager des expériences et surtout s’enrichir intellectuellement. De plus, en tant que jeune femme, il faut se persuader tous les jours que nous sommes les propres acteurs des changements de demain. Croire en soi, travailler, ne pas avoir peur de se tromper ou de donner un point de vue.

Blogpost #1 -Portrait d’Eline Chivot, Senior Policy Analyst | Center for Data Innovation, Bruxelles

Dans sa nouvelle série de portraits de femmes aux parcours

inspirants, WIIS France vous propose de découvrir Eline Chivot !


Nous avons le plaisir de lui poser quelques questions sur son parcours professionnel.

Eline Chivot est analyste en politique publique au Center for Data Innovation à Bruxelles un think tank au sein duquel elle conduit différents travaux de recherche sur les questions de politique technologique européenne et sur la manière dont les décideurs politiques peuvent promouvoir l’innovation numérique au sein de l’UE. Avant de rejoindre le Center for Data Innovation, Eline Chivot a travaillé pendant plusieurs années aux Pays-Bas en tant qu’analyste politique dans un important groupe de réflexion, The Hague Center for Strategic Studies (HCSS), notamment sur des questions de défense, de sécurité et de politique économique. Plus récemment, Eline a travaillé pour DIGITALEUROPE, l’une des plus grandes associations professionnelles de Bruxelles, où elle coordonnait les relations de l’association avec les représentants des industries du numérique en Europe. Eline est titulaire d’une maîtrise en sciences politiques et économiques de Sciences Po et d’une maîtrise en administration des affaires de l’Université de Lille.

1. Qu’est ce qui a déclenché pour vous un intérêt pour les questions d’innovation, de technologie et du digital ?
En travaillant à HCSS aux Pays-Bas, j’ai eu l’opportunité de développer des méthodes de recherche dites qualitatives—c’est-à-dire basées sur l’analyse traditionnelle de rapports existants—mais également et de plus en plus, des méthodes basées sur l’analyse d’un grand nombre de données. Nous commencions à faire appel à des programmeurs et scientifiques de données, afin de collecter des milliers de fichier texte avec des techniques dites de « scraping » en utilisant des scripts, et de générer leur analyse avec des visuels interactifs. En parallèle, parmi mes projets et travaux de recherche, j’avais publié des rapports sur l’impact de la technologie dans le domaine de la santé ou sur le marché du travail. J’avais donc saisi la nature et les enjeux transversaux de la technologie et de l’innovation, tant en termes d’applications en pratique qu’au niveau théorique, à un moment où l’on commençait à peine à parler du « big data » et à intégrer ces méthodes et sujets dans le milieu de la recherche en politique publique. Vu l’accélération qui a suivi, et l’intérêt grandissant dans le débat public pour ces problématiques, les postes les plus intéressants et les plus prometteurs allaient, de près ou de loin, faire partie du secteur de la « tech ». J’ai donc aussi pensé que cela ne pouvait être qu’une bonne idée de choisir une profession liée à ce domaine, pour me spécialiser, à un moment où je ne savais pas comment choisir ma prochaine étape. Mais cette forme de pragmatisme a très vite laissé place à une sorte d’addiction à un milieu extrêmement stimulant. De l’intelligence artificielle, des questions de protection des données, de vie privée, de l’avenir de nos réseaux sociaux, aux débats sociologiques, économiques, géopolitiques, philosophiques – il n’y a parfois qu’un pas. Les conversations sont sans fin, et on en apprend tous les jours. Ce lien puissant que tissent la technologie, le digital et l’innovation avec tout le reste, c’est passionnant. Je ne m’ennuierai jamais dans ce milieu. Difficile de… déconnecter !

2. Quels sujets traitez-vous en ce moment ? Quels sont ceux qui vous passionnent le plus ?
Cette année, j’ai travaillé sur la désinformation en ligne, notamment dans le contexte des élections européennes. Autour de la table, chacune des parties prenantes—décideurs politiques, plateformes en lignes, ONGs, usagers—tente de trouver une méthode équilibrée et efficace pour combattre un problème extrêmement complexe, aux solutions à double tranchant. Il est difficile de définir ce qui est un contenu dangereux en ligne, par exemple. Il est difficile d’attribuer une responsabilité entière aux gouvernements ou aux plateformes en ligne, notamment les réseaux sociaux.
J’ai également suivi l’évolution de l’implémentation du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), et son impact sur l’innovation en Europe, les enjeux liés au transfert des données entre pays, ou encore à la vie privée. Mais aussi, les politiques de la concurrence au niveau européen, où les arguments s’affrontent en permanence. Face à la montée de grosses entreprises de la tech, les dirigeants s’interrogent : nos règles en la matière sont-elles encore adaptées ? Comment s’assurer que ces entreprises, malgré leur taille, continuent à permettre à d’autres de se développer ? Par ailleurs, pourquoi n’arrive-t-on pas à développer de telles entreprises en Europe et donc accroître notre compétitivité face à la Chine ou aux Etats-Unis? Plus ou moins lié à ce débat de l’économie du numérique, le rejet de la fusion Alstom-Siemens par la Commission avait fait l’objet d’une vraie pomme de discorde.
J’ai même planché sur l’impact de l’intelligence artificielle sur la diplomatie et les affaires étrangères. J’ai donc la chance de traiter des thèmes assez variés ! Il est difficile de se former une opinion arrêtée sur tous les sujets, tant les arguments pour et contre paraissent légitimes.
Tout peut donc être passionnant si l’on est un peu curieux. Mais s’il faut choisir—l’un des prochains débats, voire l’une des prochaines batailles dans le milieu va concerner la régulation des outils de décision automatique, notamment les algorithmes. Dans quelle mesure doit-on ou peut-on réguler ? Où et comment positionner l’humain dans le processus de décision ? Quel type de choix donne-t-on à l’usager ? Les algorithmes donnent lieu à des services, produits et usages très diversifiés, et leurs décisions produisent un impact variable sur les individus. Par exemple, les enjeux sont assez différents entre la décision d’un médecin guidée ou assistée par un système d’IA, et la recommandation d’achat d’un article par un site internet qui utilise un algorithme. Les données fournies à ces systèmes sont également différentes. Les systèmes d’IA sont déjà très performants dans certains domaines, mais pas encore partout. Ce débat nous concerne tous, il touche à nos systèmes de valeur, à nos croyances, à notre vie quotidienne.

3. Avez-vous été inspirée, par des femmes ou des hommes, dans les choix qui ont guidé votre parcours professionnel ? Quels ont été leurs enseignements éventuels ?
J’ai pu trouver de vraies inspirations au cours de mes expériences professionnelles, parfois tous les jours, parfois à chaque rencontre. Actuellement, c’est dans le milieu où je suis, où le degré d’entraide relativement désintéressée entre professionnels ne cesse de me surprendre. Ce sont aussi et souvent les bribes de personnalités ou d’attitudes que j’aime garder en tête, des conseils impromptus, inattendus.
Si je devais être plus précise, cependant, j’ai deux exemples à l’esprit. D’une part, je pense à l’un de mes anciens collègues, qui avait justement développé des systèmes de data-mining pour les appliquer à la recherche. Il avait ce courage intellectuel d’entreprendre des projets un peu fous, dont beaucoup doutaient. Quelques années plus tard, on sait tous qu’on ne peut plus se passer des outils qu’il défendait. C’est en quelque sorte un visionnaire. Être entêté, ce peut être une caractéristique bénéfique, c’est peut-être même un don.
D’autre part, je pense à mon ancienne directrice. Je ne réalisais pas, lorsque j’étais à son contact, à quel point j’étais en train d’absorber en termes de connaissances et de leçons. Elle est détonante d’authenticité et d’énergie, et c’est un leader assez juste, qui donne l’impression de n’avoir peur de rien—et c’est comme cela que l’on trace sa route et que l’on entraîne l’enthousiasme des autres derrière soi. J’aurais sans doute encore plus appris en restant à ses côtés, sur les règles du jeu dans le milieu de la tech, par exemple. Mais l’expérience m’a donné « l’appétit » de me dire, au fond et même inconsciemment, pourquoi pas moi, maintenant—et de « prendre mon envol. » Je suppose qu’il faut qu’un prochain mentor m’apprenne la patience !

4. A votre avis, pourquoi le secteur de la technologie et de l’innovation peine à se féminiser ?
Malgré de réels progrès, il est vrai que certaines statistiques sont déprimantes : Les femmes ne représentent que 27% des employés chez Microsoft, 32% chez Apple, et 36% chez Facebook. Avec 47%, Netflix fait figure de « bon « élève » – mais il faut noter au passage que la part des femmes y occupant des « tech jobs » n’est que de 30%. Pourtant, le secteur du digital explose et recrute, mais a du mal à s’alimenter en talents. Je vois plusieurs raisons pouvant expliquer ce paradoxe. Tout d’abord, le manque d’information et d’orientation : les jeunes femmes ne se tournent pas vers les spécialisations en informatique, électronique ou robotique, parce que cet univers reste trop peu mis en avant dans l’éducation secondaire et que l’on n’a pas encore intégré suffisamment certaines disciplines comme la programmation informatique aux programmes scolaires. Quelques cours, quelques discussions entre professeurs, élèves et intervenants externes (par exemple, un(e) enseignant(e) en école d’ingénieurs, un(e) cadre d’entreprise de la tech, un(e) entrepreneur, un(e) dirigeant(s) de startup) pourraient démystifier ce qui semble inaccessible. Il y a sans doute ce réflexe d’éviter un certain environnement justement parce qu’il est jugé trop masculin. Il y a beaucoup d’idées reçues (des deux côtés sans doute), et de clichés à combattre en modifiant les représentations que l’on peut avoir de ces métiers. Je suis sûre qu’il existe déjà de telles initiatives. Il faudrait qu’elles soient généralisées, pour convaincre les femmes qu’elles ont leur place dans ce milieu.
Par ailleurs, il faut accepter que les solutions se trouvent (et se solidifieront) dans le temps long. L’accès des femmes à des postes à responsabilité managériale prendra des années, étant donné certains choix de vie qui jalonnent leur parcours et coïncident souvent avec des moments déterminants dans une carrière. Si l’on s’efforce à détecter leur potentiel plus tôt, et à développer celui-ci, cela pourrait les encourager à se diriger vers des postes cadres et favoriserait la présence de rôles modèles féminins pour d’autres.
Il faut que le changement s’opère dans cette industrie, pour qu’elle puisse promouvoir ces femmes qui apportent tant au monde de l’entreprise. Cela vaut également pour les autres segments de la population, afin de créer une vraie diversité au sein des équipes. Mais il ne faut pas sous-estimer non plus le progrès qu’entraîne le facteur « individu », c’est-à-dire, des avancées symboliques, une femme à la fois. Et il faut savoir s’en réjouir.

5. Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes désireuses de s’engager dans votre domaine ?
Ce qui vaut pour chacun : ne pas limiter son champ des possibles, ne pas penser que l’on n’est « pas capable » et ne pas écouter ceux ou celles qui peuvent nous le faire croire. Faire son bonhomme de chemin en restant soi-même – pas seulement une femme, mais un individu. Les ambitions s’intègrent plus naturellement lorsque l’on n’en fait pas un étendard activiste.
Il ne faut pas faire de compromis sur le fait qu’on est une femme, cependant. Rester soi-même, cela veut aussi dire assumer son genre.
Mais allons au-delà du binaire, de l’opposition entre deux catégories du genre humain, dans nos têtes et dans nos faits et gestes. En évitant de ramener ses actions à sa « condition de femme » et en évitant de penser en permanence que les réactions ou les perceptions des autres sont dues à cette « condition », on agit de manière plus naturelle, et les autres nous verront plus facilement comme une personne à part en entière davantage qu’à travers notre genre. Bien sûr, en tant que femme on peut être invitée à des panels ou événements « pour le quota ». Mais mon premier réflexe n’est pas d’interpréter les choses de ce point de vue. J’évite de faire des procès d’intention ou de réagir de manière défensive. Mon second réflexe : je le vois comme une opportunité. Etant donné que les femmes « manquent », en être une peut procurer une visibilité en plus. Et pourquoi s’en priver, donc ?
Je respecte les positions que peuvent avoir d’autres femmes sur le sujet – en particulier celles qui ont été exposées à des situations de discriminations, et de graves épreuves. Au sein de la « bulle » politique bruxelloise, il n’est pas rare d’entendre des témoignages sur le sexisme ambiant. C’est une réalité brutale, voire une culture, ce que l’eurodéputée néerlandaise Marietje Schaake a récemment dénoncé dans The Guardian. Pour ma part, j’ai eu sans doute de la chance : J’ai vécu ma vie de jeune adulte dans un pays – les Pays-Bas – où je ne me suis jamais sentie traitée différemment des hommes ou en situation d’injustice, même en évoluant dans un milieu essentiellement masculin. Je me suis toujours sentie respectée et soutenue. J’ai par contre noté que ce qui manquait, c’était la sororité féminine. Malgré nous, parfois, on ne se soutient pas suffisamment entre femmes. Pire, on peut entrer dans une compétition contreproductive, et j’irais même jusqu’à dire destructrice.
Un autre conseil serait justement de créer et de saisir les opportunités. Même si ce n’est pas sa zone de confort, même si c’est intimidant. Un rapport publié en 2014 m’avait marquée : les hommes envoient leur candidature même s’ils ne satisfont que 60% des critères d’une offre d’emploi – 100% chez les femmes. Osons plus, invitons-nous autour de la table, la société s’habituera.
Il faut aussi s’entourer de bons « compagnons de route » ou de carrière, rejoindre des réseaux, tels que Women in International Security, mais au-delà, apprendre à réseauter et y investir un peu de temps.
Enfin, je crois vraiment que l’effort, le travail, l’assiduité, la persévérance – paient toujours. Devenir très bon dans son domaine force le respect. Mais il ne faut pas que cela soit avec pour objectif de « prendre la place des hommes », cela ne suffit pas et peut même être contreproductif : ce ne serait pas une démarche authentique, et le manque d’authenticité est quelque chose que les autres détectent très vite. Et puis, si on choisit un domaine en particulier, il vaut mieux le faire par intérêt, curiosité, pragmatisme voire passion – le travail n’en sera que moins difficile.